Le coucou gris, un chanteur familier et un parasite

Du coucou, chacun connaît le chant doux et sonore, qui est aussi son nom : cou-cou. mais cet oiseau difficile à voir est également réputé pour ses talents d’usurpateur, car il pond ses œufs sans vergogne dans le nid d’autres espèces.

Au printemps, un promeneur chanceux apercevra peut-être ce grand oiseau gris, volant rapidement d’un bosquet à l’autre, disparaissant aussitôt dans le feuillage. Son plumage n’attire guère l’attention et son vol est sans détour, les ailes basses, le corps légèrement penché vers l’arrière à cause de la tête dressée. Rares aussi sont ceux qui l’ont surpris, perché en oblique sur une branche, à la lisière du bois…car le plus souvent, on ne le voit pas : on l’entend.

Un chant comme un appel

Un beau jour de la fin mars ou d’avril, une série de « coucou » retentit dans la campagne. Ce signal malicieux fait dresser l’oreille du promeneur, tournant la tête comme si on l’appelait… tant le chant du coucou est devenu dans nos esprits le signe d’une surprise, l’arrivée d’un familier. Il est à nos oreilles ce que l’hirondelle offre à nos yeux par sa dansante présente : le signal du printemps. On l’entend de la fin mars  jusqu’à la fin juin.

Comme tous les mâles, le coucou chante pour attirer une compagne mais aussi pour marquer son territoire. Cette frontière sonore doit être répétée un grand nombre de fois au cours de la journée, aussi l’oiseau, très matinal, la proclame-t-il dès les premières lueurs de l’aube et jusqu’à la tombée de la nuit, voire même en pleine nuit.

Mais ce territoire bien particulier n’est pas l’espace vital qui protégerait le nid du couple : c’est seulement l’espace occupé par le mâle. Il recouvre plus ou moins le secteur dans lequel la femelle va partir en quête de nids d’autres espèces, pour y déposer ses œufs au fil du printemps.


Drôles de parents...

En réalité, les territoires s’entremêlent. Celui du mâle et celui de la femelle ne sont pas tout à fait les mêmes, celui d’une femelle recoupant celui de plusieurs mâles au cours de la saison, et pond donc des œufs fécondés par différents mâles. Le rôle de ces derniers dans la reproduction s’arrête à l’accouplement. En effet, les coucous ne construisent pas de nids, et n’élèvent pas leurs jeunes eux-mêmes.

Une femelle de coucou prolifique pond entre 10 à 20 œufs à chaque printemps, sur une durée de trois à sept semaines. Tous les deux jours environ, elle dépose un œuf… qu’elle ne couvera pas. Son travail de mère consiste principalement à rechercher un nid différent où pondre chacun de ses œufs. Pour cela, elle hante divers postes d’observation sur son territoire, d’où elle observe le manège des oiseaux nicheurs.

De vaillants petits passereaux, occupés à finir leur nid, vont et viennent dans les bosquets, le bec chargé de matériaux. La femelle coucou a tôt fait de repérer le précieux réceptacle, mais elle attend le moment où la future mère adoptive a pondu ses œufs pour lui apporter … son futur « coucou ».

Au petit matin, profitant d’un moment d’absence du couple, elle se pose sur le nid souvent minuscule, et pond un œuf unique. Non sans avoir avalé un des œufs de la nichée, pour faire un peu de place. En dix secondes à peine, la supercherie est faite. Quand le couple revient pour couver sa nichée, la substitution passe le plus souvent inaperçue… La mère coucou, quant à elle, ne se souciera plus de ce petit. Elle a encore à faire :trouver un autre nid, pour son prochain œuf.


Des hôtes involontaires

Les passereaux victime de parasitisme se méfient du coucou, et la femelle est fréquemment houspillée si on la voit rôder aux alentours du nid. Mais une fois que l’œuf est dans la nichée, les parents sont pris par l’instinct de protection et de nourrissage : ils élèveront le coucou, au détriment de leurs petits qui seront détruits.

Cependant, la femelle coucou veille à choisir des hôtes dont le régime alimentaire convient à son rejeton : les oiseaux insectivores, comme la bergeronnette grise, la rousserolle effarvatte, le rougequeue à front blanc ou le gobemouche gris… sont les meilleurs parents adoptifs. En revanche, l’oisillon mourrait de faim dans le nid d’un bruant ou d’une alouette, qui ne lui apporteraient que des graines.

Douze jours après la ponte, l’arrivée de l’oisillon de 8 grammes, énorme, nu et aveugle, ne passe pas inaperçue. Dès qu’il a un peu de force, âgé de quelques heures, il s’arc-boute pour jeter par-dessus bord, l’un après l’autre, les œufs « légitimes », non encore éclos. Ce réflexe, qui va lui assurer le monopole de la nourriture apportée par les parents, est déclenché par sa peau hyper sensible : il ne supporte pas le contact des autres. Les parents adoptifs ne réagissent pas à ces expulsions. Ils se retrouvent donc face à un seul poussin… qui en vaut bien cinq ou six. Le bec largement ouvert, pépiant sans relâche, le coucou réclame sa nourriture.

Les taches situées au fond du bec, qui déclenchent le comportement d’alimentation chez les parents, sont plus grandes chez le jeune coucou, ce qui stimule d’autant plus les parents adoptifs. Ceux-ci redoublent leurs efforts pour nourrir ce jeune vorace, qui devient rapidement beaucoup plus gros qu’eux.

À dix-huit jours, le coucou pèse 5 fois le poids de la rousserolle effarvatte (environ 15 grammes) qui plonge sa tête dans son bec béant pour le nourrir… L’encombrant petit est alors prêt à s’envoler. Durant trois semaines, il reste aux alentours du nid, où il est une proie facile pour toutes sortes de prédateurs. Puis il prend réellement son indépendance, se nourrissant seul en attendant le départ en migration.


Fiche d'identité

  • Nom commun : coucou gris
  • Nom scientifique : Cuculus canorus
  • Ordre : Cuculiformes
  • Famille : Cuculidés
  • Taille :  32 cm (longueur), envergure de 55 à 65 cm.
  • Poids :  100 grammes.
  • Nombre d’espèces : 138 espèces de Cuculidés.
  • Habitat : forêts, bois, bosquets, parcs des pays tempérés à la belle saison.
  • Régime alimentaire : insectivore : insectes, grosses chenilles, araignées, vers.
  • Reproduction : dépose ses œufs entre la mi-mai et début juillet. Le nombre d’œufs déposés dans les nids d’espèces-hôtes est très variable : en général de 8 à 12.
  • Observation : de fin mars à mi-août, rarement au-delà.
  • Distribution : en Europe. Hiverne en Afrique tropicale.

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