Le geai des chênes, un beau parleur

Aussi remuant que craintif, le geai s’active dans le sous-bois, ramassant des glands dans la jonchée, fouillant ses innombrables cachettes… et poussant des cris rauques à la moindre alerte.

Dès août, le geai des chênes décroche les glands dans l’arbre et s’en goberge. il doit pour cela coincer le gland dans une anfractuosité et ouvrir la coquille avec son bec, puis briser la graine pour pouvoir l’avaler. Plus tard, l’oiseau poursuit sa glandée au sol, trouvant dans la jonchée des fruits d’automne de quoi faire des provisions pour l’hiver.

Pour le ramassage, il accumule quelques glands dans sa poche jugulaire et sa gorge, et les emporte en quelques coups d’ailes vers un lieu propice à la cachette ou au décorticage. Les glands sont enfouis un par un dans un nid, une fente du bois , un trou, ou cachés au sol sous les feuilles ou la mousse.

Curieusement, l’oiseau sera capable de retrouver une bonne partie de ses cachettes, même sous la neige, grâce à des points de repère qui nous échappent. Certaines toutefois seront délaissées, heureuses oubliettes où les graines auront la chance de germer, le printemps venu, tandis que le geai sera tout  à ses occupations familiales.

Vagabondage hivernal
 Comme les autres corvidés, le geai apprécie la compagnie de ses congénères : dès la fin de l’été et jusqu’au printemps, ces oiseaux sont rarement isolés, et si l’on en aperçoit un, l’on ne tarde pas à en voir quelques autres aux environs : ils se tiennent volontiers en petits groupes, jasant d’un arbre à l’autre.

En octobre, en novembre, ils n’en finissent pas de ramasser les trésors des arbres, les graines et baies constituant les trois quarts de leur alimentation. Si la nourriture est abondante, ils ne se déplaceront guère. Mais une pénurie peut les pousser à vagabonder, voire à s’envoler en bandes vers des contrées plus prospères, s’exposant à de grands dangers lors de leurs déplacements.


Chorales printanières
À partir de janvier, le printemps et les noces se préparent déjà activement chez les geais : les voici qui se rassemblent régulièrement pour chanter ensemble dans un grand arbre, avec force poursuites, déploiements d’ailes, cris, gonflements de plumes et autres fanfaronnades.

L’arbre choisi résonne alors d’une étrange cacophonie, quand une trentaine de geais y poussent leur chant discordant. Ces réunions, dont le rythme s’accélère en mars et avril; facilitent la formation des couples parmi les geais célibataires, tandis que les couples constitués s’isolent déjà pour faire leur nid.


Silence dans les branches
Dès la formation du couple, et jusqu’au moment où les jeunes sont indépendants, environ deux mois plus tard, les geais deviennent très discrets dans leurs allées et venues, et nettement moins bruyants. Fin avril, alors que les bourgeons libèrent les feuilles nouvelles, le mâle et la femelle s’affairent à construire leur nid dans l’arbre désormais abrité des regards.

C’est un édifice de petite taille, plat, fait de petites racines entremêlées sur une assise de rameaux. Il est calé sur une enfourchure, le plus souvent entre 2 et 5 m de hauteur, au cœur du sous-bois. Le geai des chênes peut aussi nicher dans les villes, pourvu qu’il ait suffisamment de grands arbres, chênes et hêtres en particulier.


La saison des pilleurs de nids
La femelle pond 5 ou 6 œufs, qu’elle couve seule durant 16 à 18 jours. Durant le temps où il nourrit ses jeunes, le geai devient un prédateur pour les autres passereaux , en particulier les grives et les merles. L’appétit des jeunes le contraint à piller les nids des alentours, s’emparant des œufs ou des oisillons.

Mâle et femelle rapportent aussi à la becquée quantité de chenilles et d’insectes. À cette saison, les adultes se nourrissent également de fruits, de baies, et font des incursions dans les jardins pour y cueillir des pois, ce qui leur vaut l’inimité des jardiniers.

Après une vingtaine de jours d’un régime carnivore, les jeunes geais prennent leur envol. Mais ils restent encore quelques semaines autour des parents ; ceux-ci n’entreprennent pas de seconde nichée, et répondent encore aux sollicitations des jeunes, avant que l’automne n’invite tout ce petit monde à la glandée.


Fiche d'identité

  • Nom commun : geai des chênes
  • Nom scientifique : Garrulus glandarius
  • Ordre : Passereaux
  • Famille : Corvidés
  • Taille :  34 cm
  • Poids : de 140 à 190 g
  • Nombre d’espèces : 40 espèces de geais dans le monde, 3 espèces de mésangeais.
  • Habitat : massif forestiers de plaine ou de montagne, avec d’importants peuplements de chênes. Parcs urbains, jardins, espaces verts arborés.
  • Régime alimentaire : omnivore. Les glands représentent 50 % de sa nourriture, qu’il complète avec d’autres fruits et graines. Insectes, chenilles, œufs, oisillons et petits oiseaux à la saison de la reproduction.
  • Reproduction : ponte d’avril à juin, de 3 à 6 œufs couvés 16 jours. Envol des jeunes à environ 20 jours.
  • Observation : toute l’année.
  • Distribution :  Eurasie, Moyen-Orient, Afrique du Nord. Sédentaire. Invasions irrégulières d’oiseaux d’Europe du Nord et d’Europe centrale vers le Sud.

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