Le martin-pêcheur, joyau des rives

Entre la rive et l’eau, la végétation dissimule un pêcheur à l’affût qui surgit de temps à autre comme un obus scintillant…

Solitaire, le martin-pêcheur exploite un territoire d’au moins 2 kilomètres de rivage et ses allées et venues fréquentes animent le paisible cours de l’eau. Son apparition, accompagnée d’un cri, est toujours une surprise, car on ne le repère pas facilement quand il est perché.

Un jonc, une branche, un bois mort à la berge, tout perchoir convient pourvu qu’il soit à 1 ou 2 mètres au-dessus de l’eau, et au couvert de la végétation environnante. Comme tout pêcheur, le martin attend : le poisson passera. Si la station s’éternise, l’oiseau rectifie sa position, hoche la tête, se tourne un peu et reprend son poste, l’œil vif.  Au passage de l’attendu, après avoir balancé le temps d’apprécier la distance, le pêcheur plonge en un éclair et saisit sa proie.

Il ne s’immerge jamais très profondément, et remonte aussitôt, restant parfois un instant en surface avant de s’envoler vers la rive, le poisson au bec. Celui-ci sera prestement retourné, et avalé, à moins qu’il ne soit servi en offrande à la femelle.

Des acrobaties aériennes

Durant l’hiver, s’ils sont sédentaires, le mâle et la femelle vivent sur des territoires contigus, mais ils entretiennent leur bon voisinage, en se poursuivant de temps à autre au fil de l’eau. Dès janvier ou février, ces rencontres prennent l’allure de démonstrations acrobatiques qui mènent les voltigeurs du ras de l’eau jusqu’à la cime des arbres riverains.

Le couple explore également les berges, sous la conduite du mâle, en quête d’un ancien terrier ou d’un lieu propice pour creuser un nouveau nid. À ces préparatifs se mêlent les rites amoureux : le mâle présente à la femelle un petit poisson, placé avec délicatesse, tête en avant; les deux oiseaux se pincent tendrement les mandibules du bout du bec, et l’accouplement, ponctué de strophes de chants, sera suivi d’un bon bain pour le mâle.

Entre les câlins, les travaux continuent: le mâle et la femelle creusent la rive du bec, et évacuent la terre avec leurs pattes. Après quatre à dix jours de chantier, la cavité est prête et la femelle s’y installe pour pondre, à même le sol.


Au fond du tunnel

De jour, le mâle et la femelle se relaient pour couver, mais la nuit, le mâle va se reposer dans quelque buisson touffu, et c’est elle qui reste au nid. Après l’éclosion, pour réchauffer les oisillons nus et les nourrir, les tâches sont partagées de la même façon : c’est tantôt le mâle, tantôt la femelle, qui ramènent les petits poissons tête en avant, afin d’en faciliter l’ingestion par les jeunes. Ceux-ci se disposent en carrousel dans la chambre, chacun à son tour se présentant à l’entrée pour recevoir son repas.

Mais au fur et à mesure qu’ils grandissent, le nid se fait étroit, les querelles éclatent , les petits s’avancent dans le tunnel. Après trois semaines, ils portent un plumage tout neuf quasi identique à celui des adultes et sont prêts à sortir. Les parents les y invitent, poisson au bec.

Après avoir quitté le nid, les jeunes seront encore nourris quelques jours par les adultes. Ils font de rapides progrès à la pêche, et dès qu’ils sont indépendants, le couple les chasse de son territoire, avant d’entreprendre une deuxième nichée dans un autre terrier.


Errances d'hiver

La seconde nichée dispersée, les martins-pêcheurs entament une vie plus vagabonde, qui peu les amener à quitter leur site de nidification de quelques dizaines à quelques centaines de kilomètres.

Il semble que les jeunes migrent plus volontiers que les adultes, et les mâles plus que les femelles. Ces déplacements dépendent principalement des  conditions hivernales dans les régions de nidifications.

Les grands froids et le gel sont fatals aux martin-pêcheurs, interdisant la plongée et raréfiant les proies. C’est pourquoi on les rencontre souvent sur le littoral en hiver : l’eau salée leur offre, en toute saison, foison de menu fretin.


Fiche d'identité

  • Nom commun : martin pêcheur d’Europe
  • Nom scientifique : Alcedo atthis
  • Ordre : Coraciiformes
  • Famille : Alcédinidés.
  • Taille :  16 cm; envergure 24 à 26 cm
  • Poids : de 35 à 55 g
  • Nombre d’espèces : 86 espèces de martins-pêcheurs et martins-chasseurs dans le monde, mais Alcedo atthis est la seule espèce répandue dans toute l’Europe.
  • Habitat : niche le long des cours d’eau ou des étangs, plutôt en plaine. En hiver, fréquente les bords de mer.
  • Régime alimentaire : piscivore, consomme également des têtards, insectes et larves aquatiques.
  • Reproduction : terrier au fond d’une galerie creusée dans la berge. 6 à 7 œufs blancs et ronds pondus en avril-mai, couvés 19 à 21 jours. Nourris par les deux parents durant 23 à 27 jours. 2ème ponte en juin-juillet.
  • Mouvement : principalement migrateur en Europe du Nord et de Russie, migrateur partiel en Europe centrale, selon les conditions hivernales. Principalement sédentaire en Europe de l’Ouest, où il peut être erratique en hiver.
  • Observation : oiseau discret. On le voit par surprise, il attire l’attention par son cri.


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